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5 heures du matin- le lendemain de notre arrivee.
Ce matin je me suis reveille dans un autre monde. Nous sommes a Tokyo. Apres une marche dans la ville, je me trouve dans l'embarras du choix: comment choisir parmi tant de sujets? Comment choisir les choses dont je ne vais pas en parler? Est-ce que Tokyo est differente des autres grandes villes ou c'est juste une autre metropole?
Hier soir j'ai failli metttre a terre un des murs de l'auberge ou on reste et transformer les 4 chambres bien divisees "a la japonaise" en un beau loft moderne et spacieux. J'ai quand-meme reussi a faire tomber un quart du mur lorsque j'essayais de me faire comprendre par la proprietaire (j'ai mis un peu trop d'emphase sur ma gestuelle). Notre chambre: un simple matelas (tatami) par terre, une table basse et un mirroir. Malgre que la chambre est petite quand on la retrouve le soir on se sent chez soi et curieusement elle devient si confortable. Tous nos bagages se cachent discretement dans les armoires caches dans les murs de la chambre (c'est la magie des portes coulissantes).
Un immense corbeau, tout noir, avec un bec trop long, qui sautait de facon maladroite sur les fils electriques (j'imagine en quete d'une petite decharge d'andrenaline matinale) se paradait devant ma fenetre ce matin pendant que les deux chats de l'auberge avec leurs queues minuscules le regardaient encore endormis.
As-tu vu les messieurs qui portent des sacs a main? Marie-Joelle me demande. "Des sacs a main comme les femmes?" je me tourne et je remarque le beau sac a main que le monsieur derriere moi tient delicatement par sa main droite. Les hommes de Tokyo en perte de virilite ou des simples fashionistas? Il est souvent difficile de distinguer parmi les jeunes s'il s'agit d'une femme ou d'un homme bien coiffe. Les jeunes suivent la mode (pas la notre par ailleurs), les femmes affichent avec arrogance leurs grosses bottes et leurs bas de nylon noirs et les hommes leurs coiffures qui font des fois penser a Marie-Antoinette.
Les tokyoites parlent tres peu, entre eux, a nous ou a leur telephone portable. Chaque habitant de la grande ville de Tokyo possede un telephone portable (le modele rose fait fureur parmi les "salarymen") qu'il arbore en permanence. Il ne l'utilise jamais pour parler (de ce que j'ai vu) mais pour envoyer des messages textes, emails ou jouer a des jeux.
"Je suis content de ne pas avoir trouve le Tokyo dont les gens me parlaient et dont j'ai lu dans les livres" je lance a Marie-Joelle en regardant les passants depuis notre petite table du New Yorker's Cafe (elle admirant les sacs a main des hommes et moi les bottes des femmes). "Pourquoi?" "Une ville change, elle evolue a tous les jours, le Tokyo d'aujourd'hui n'est pas celui de hier".
20h00. Le soleil s'est couche depuis au moins deux heures, Marie-Joelle aussi (depuis quelques minutes, le decalage horaire se fait sentir). Je suis revenu a la petite terrasse du New Yorker's Cafe et j'ecris ces lignes. A ma gauche un jeune: 25 ans? 29, 21? Difficile a dire avec ces japonais mais il me semble qu'il a le meme age que moi. Je l'observe discretement, deux pieds seulement nous separent. Il est dans son monde et il ecrit un message sur son telephone. Ecrit-il a sa femme, sa copine ou peut-etre a ses amis? Peut-etre qu'il repond a ses emails du bureau ou repond au message que son pere lui a envoye ce matin. Il evite poliment de regarder dans ma direction (les tokyoites ont cette habitude).
"Savez-vous il est quelle heure?" je lui demande. J'accompagne ma question du geste montrant mon poignet gauche a ma montre invisible. Il me regarde et il reflechit, une autre habitude des tokyoites. Il a la reponse mais il cherche ses mots pour me repondre en anglais. Visiblement il revise sa syntaxe avec un effort sincere (la plupart des tokyoites parlent japonais ou du moins le comprennent mais leur niveau n'est pas tres bon). Finalement son telephone lui vient en aide: il pitonne quelque chose avant de me le montrer avec un sourire victorieux sur son visage. L'heure est affichee dans le coin droit de l'ecran. Je ne peux pas m'empecher de faire quelques reflexions (assez simplistes) du genre: si differents, mais dans le fond on est les memes (l'universalisme de l'humain), si proches mais si loin l'un de l'autre (le vide qu'on erige autour de nous dans ces grandes metropoles). Je me leve et je me dirige vers mon hotel ou Marie-Joelle peut-etre m'attend encore reveillee.




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