Etape 27 : Santiago de Compostela - Cabo Fisterra (100 km)
From Lausanne - Saint-Jacques-de-Compostelle à vélo in Fisterra, Spain on Jul 25 '07
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Je suis allé jusqu'au bout de ce que je pouvais aller. Jusqu'au bord du fini.
Devant moi, il y a l'infini de la mer et des cieux.
Le fini et l'infini
J'ai eu mon rendez-vous.
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A moi de continuer le chemin. De l'inventer...
***
Réveil un peu avant 6h00, comme si mon subconscient avait voulu devancer l'alarme de mon portable.
Dur dur de reprendre le rythme de pèlerin, après deux jours de délassement. Car Compostelle est une ville attachante, jeune, vivante.
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Le spleen de mon arrivée n'était que passager.
Les jours qui ont suivi m'ont offert toutes sortes de bons moments: une visite guidée passionnante, des concerts dans les rues - dont un concert de rap latino délirant, alors que je ne suis friand ni de rap, ni de musique latino - un spectacle de projections son et lumière sur la cathédrale à vous donner le frisson...
Je suis même allé à la messe, le jour de la St-Jacques, chose qui ne m'était plus arrivé depuis des années! J'ai vu se balancer le fameux "botafumeiro", ce gigantesque encensoir suspendu à une corde que l'on fait osciller sur toute la longueur du transept.
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C'est d'ailleurs "à cause" des pèlerins qu'il existe: au Moyen-Age, les voyageurs qui avaient marché des kilomètres sans faire de toilettes amenaient avec eux une telle puanteur, qu'il fallait bien la masquer!
Compostelle: beaucoup d'émotions, de découvertes, de repos aussi.
C'est donc un peu déphasé que je reprends la selle, après un petit déjeuner dans ma chambre.
Il est 7h30.
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Un brouillard très dense et humide imprègne Santiago. Il m'accompagnera jusqu'à Negreira, où je décide de quitter la route nationale, trop encombrée à mon goût.
Je laisse trois autres cyclistes suisses allemands, rencontrés en chemin, continuer par cette voie.
Je ne regretterai pas mon écart, qui n'en est finalement pas un, puisque je suis le camino balisé pour les marcheurs.
Traversée de forêts d'eucalyptus et de parc d'éoliennes.
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C'est sauvage et champêtre, exotique, magnifique. Et cette fois, je n'hésite pas à demander mon chemin systématiquement aux passants que je rencontre (même si les vieux Gallegos ont un jargon que j'ai de la peine à comprendre!)
A Buxantes, au sommet d'une sorte de col, il apparaît: l'océan!
Son bleu se précisera dans l'estuaire de Cee.
La vision de l'océan, le cri des mouettes, le ciel azur, tout cela est un enchantement.
Je longe le littoral et mon énergie s'en trouve décuplée. Fisterra, enfin!
Après avoir assuré ma nuit d'hôtel, je décide de monter jusqu'au phare, l'extrémité de Cap Finisterre, en emportant tous mes bagages, pour achever symboliquement le voyage.
Là -haut, le spectacle est sans pareil: des falaises battues par les vagues, le jeu de l'écume jaune sur le bleu marin, la ligne horizontale qui délimite la mer du ciel.
Ici où là fume encore le bûcher d'un pèlerin marcheur, qui a fait brûler ses chaussures.
Je descends des falaises côté ouest, au plus bas que je peux, pour jeter ma coquille Saint-Jacques dans l'océan.
Elle m'a suivi depuis Lausanne. Elle était mon signe de ralliement. Elle m'a permis de "sortir de ma coquille".
Je n'en ai plus besoin. Qu'elle retourne à l'infini! Elle finira peut-être en sable, en vitrail ou en remploi dans le revêtement d'une route, d'un "camino"...
Qui sait ce que le cycle des transformations nous réserve!
Je suis allé jusqu'au bout du chemin.
Et il y a un rendez-vous que je ne veux pas manquer: celui du coucher de soleil sur la mer.
***
Je l'aurai eu, mon coucher de soleil. Avec en prime, le lever de la pleine lune de l'autre côté de l'horizon. Sublime instant!
Tous les soirs, je monte sur "mon" rocher: les Pierres Sacrées.
De ce belvédère, où je vois l'océan, le port de Fisterra, les falaises et les plages en contrebas, je médite, j'observe, j'apprends.
La force tranquille des falaises, les mains des vagues qui glissent sur la berge sans jamais la saisir, le miroir de l'océan, son voile immense étendu à mes pieds, son niveau qui rend toutes choses égales, le vent qui hurle dans les pierres, susurre à mes tympans, bouscule mon équilibre, le soleil qui agonise, la lumière qui s'éteint...
Tous les éléments me rappellent à mon insignifiance.
Mais là , sur mon rocher, j'ai l'impression de les dominer.
Fort et fragile à la fois.
***
Qu'ai-je appris ces 30 derniers jours? Qu'il n'y a que dans le mouvement que je me sens bien.
Je dois continuer le chemin, continuer d'avancer. Intérieurement.
Le camino m'a structuré. Dès que je m'arrête, je perds mes repères. Je ME perds.
Je suis arrivé au phare de Cap Finisterre. A moi de mettre le cap vers mon propre phare.
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