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Etape 12 : St-Martin-Vésubie – Nice (63 km)

From De Chamonix à Nice in Nice, France on Sep 09 '08

El Peregrino has visited no places in Nice
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La mer, la nuit et la ronde des avions comme un dernier tour d’honneur devant la lune. Des amoureux, des solitaires, des désoeuvrés, des baigneurs nocturnes, tous n’ont d’yeux que pour les vagues. Et moi aussi.

C’est encore une fois devant la mer que se termine mon périple. Mouvement perpétuel, force jamais apaisée… C’est finalement à elle que je dois mon chemin: c’est son armée qui a terrassé la pierre, creusé les gorges, érodé les vallées. J’ai roulé sur un cadavre. Et voilà sa meurtrière. Elle me barre la route. Elle l’achève.

Nice, sa gare, sa baie, mes bleus
Lantosque
Lantosque
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Elle me dit : "Reste !" Mais je ne peux pas.

* * *

Réveil à 7h30. Sous mon velux, j’ai dormi comme un bébé. Petit déjeuner avec le propriétaire du gîte et un pensionnaire, Xavier, jeune géographe qui fait des recherches sur les avalanches.

9h30. Mon dernier départ. Coulée douce le long de la Vésubie. Roquebillière, Lantosque, des villages perchés sur des pitons rocheux comme des chats qui craignent de se mouiller les pattes.

Nice, place Massena
Nice, place Massena
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En quelques minutes, je passe des Alpes à la Provence. L’odeur des pins est plus marquée, la végétation plus luxuriante. Cà et là, on reconnaît le vert pâle des oliviers.

A St-Jean-Rivière, je bifurque à gauche, pour prendre une dernière fois de la hauteur. Direction Levens, histoire d’éviter la nationale.

La route longe en surplomb les gorges de la Vésubie. La pente est douce, mais on prend vite de l’altitude. La vue plongeante sur la vallée donne le tournis.

La promenade des Anglais sous la grisaille
La promenade des Anglais sous la grisaille
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La route continue en corniche jusqu’à Levens, bourgade chic et cossue qui étale sur un côteau ses villas provençales. "Des caméras de vidéo-surveillance veillent à votre sécurité". Nous voilà rassurés !

Glissade jusqu’à Tourrette. J’aimerais bien visiter le syndrome, mais p… de b… de m…, c’est fermé! Blague à part, Nice n’est plus qu’à 7 km. Mon compteur kilométrique est tombé en panne. Je me fie aux bornes.

Longue descente "à la motarde" sur une large chaussée bien lisse. Il est midi et demi lorsque j’atteins les premiers quartiers de la banlieue niçoise. Peu encombrée à ces heures, la route me conduit directement au centre.

Des effluves salées arrivent enfin à mes narines. La voilà, derrière la promenade des Anglais ! La mer. Je m’arrête pour la contempler avant de me rendre à l’office du tourisme.

L’hôtel AlpAzur (qui résume bien mon voyage) a une chambre pour moi.

- Vous arrivez quand ?

- Dans 15-20 minutes.

Je n’ai pas mesuré l’importance de la question. Pour quelques secondes de retard, je me retrouve devant une porte close. La tenancière a dû s’absenter pour l’après-midi. Elle sera de retour à 17h00. Rageant.

Il n’est que 13h30 et me voilà donc condamné à promener ma crasse, mon vélo et mes 15 kg de bagages dans les rues niçoises.

J’en profite pour aller à la gare échanger mon billet TGV. Le temps annoncé pour la fin de la semaine n’étant guère clément, j’ai décidé de rentrer plus tôt.

Le hall de la SNCF est garni de 18 guichets. Mais seuls 4 sont ouverts. Une cinquantaine de personnes font la queue. Je demande à une employée quel est le temps d’attente. Elle reste évasive. A contrecoeur, j’entre dans le rang.

L’attente est interminable, propice à développer la pire haine envers de parfaits inconnus. Cette dame, par exemple, scotchée au même guichet depuis bientôt 10 minutes. Elle fait quoi ? Elle achète la SNCF ?

J’essaie aussi de garder un œil sur mon vélo, que j’ai laissé devant la gare avec ses sacoches. Mais mon avancée dans la file me le fait perdre de vue. Bien que je l’aie cadenassé, je ne suis pas tranquille.

Un couple, lui en costume cravate, elle en tailleur et talons aiguilles, entrent dans le hall. Effrayés par la file d’attente, ils commencent à parlementer avec une employée.

- Nous sommes pressés, vous comprenez ?

Elle les remet à leur place.

- Que vont penser tous ces gens si je vous fait passer devant eux ? Faites la queue, comme tout le monde !

Belle intention, mais qui n’empêchera pas la dame en talons aiguille d’accéder discrètement à un guichet deux minutes plus tard, après sans doute quelques tractations en haut lieu. C’est là qu’on aime à se rappeler que la France est le pays de l’abolition des privilèges !

Les minutes passent péniblement. On voudrait encourager les gens à choisir l’avion qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

Excédé, je sors mon baladeur. Tant qu’à attendre, autant le faire en musique. La file se décante. Enfin un guichet ! (après quand même une heure d’attente !) Je demande à remplacer mon retour prévu dimanche par un billet pour vendredi.

- C’est complet.

- Et demain ?

L’employée tapote sur son clavier.

- Oui, demain, ça joue, répond-elle, presque surprise.

Je rentrerai donc plus tôt que prévu. Dehors, soulagement: je retrouve vélo et bagages là où je les avais laissés.

En face de la gare, un hôtel attire mon attention : l’hôtel Interlaken (!). Ayant désormais un jour de moins pour visiter Nice, inutile de poireauter jusqu’à 17h00. J’entre.

- Vous avez une chambre libre pour ce soir ?

C’est oui – et pratiquement au même prix que l’AlpAzur. Je la prends.

Si la réception de l’Interlaken semble avoir été décorée par Valérie Damidot, les chambres semblent ne pas avoir été décorées du tout ! Les volets sont décatis, le lit à perdu une latte, les toilettes sont sur le palier. Mais surtout, l’hôtel est situé au-dessus d’une boîte de streep-tease. J’en connaîtrai bientôt les conséquences.

Douche, puis sortie en ville. Nice offre un visage contrasté, coloré, métissé. Une vraie méditerranéenne. Sur la plage de galets, devant les baigneurs, je m’offre ma dernière bière de fin d’étape.

Souper dans l’immense cafétéria de plein air que forment les restaurants du Cours Saleya. Une pizza. Pas la meilleure que j’ai mangée. Alors, je m’offre un dessert. "Tout chocolat – essayez de le finir !" défie la carte. Je me lance. Je le regretterai. Non seulement je m’arriverai pas au bout de cette énorme mousse au chocolat, mais elle me restera sur l’estomac.

Dernier détour par la plage, pour dire au revoir à la mer. Difficile de s’en détacher. En regagnant ma chambre, je réalise tout à coup à quel point il fait chaud. Pas un souffle d’air, même avec la fenêtre grande ouverte. De plus, le quartier est très animé. Dès 3h00, sortie des cabarets. Une bande de fêtards italiens chantent faux et à tue-tête sous ma fenêtre. Plus moyen de dormir.

Peu m’importe. J’aurai 6 heures de TGV pour me reposer.


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